Comment accède-t-on à la direction des Chœurs de l’Armée Rouge ?

A l’époque de l’Union Soviétique, de nombreux chefs étudiaient à la Faculté des Chefs d’Orchestre Militaires.
En 1928, lorsque le projet de former une troupe vit le jour, on confia à Alexandre Vasilievitch Alexandrov, enseignant au Conservatoire National de Moscou et chef d’un chœur d’église, la direction du groupe formé, que l’on nommera “Les Chœurs de l’Armée Rouge”.
Au départ, le chœur était constitué de deux bayans# et de quatre danseurs.
L’Ensemble dirigé par Alexandrov remporta alors un certain succès, et d’autres troupes furent alors crées, comme L’Ensemble des Chœurs et Danses de l’Armée Rouge du Ministère de l’Intérieur (MVD) en 1939.

J’ai rejoint l’Ensemble des Chœurs et Danses de l’Armée Rouge MVD et suis devenu le chef des chœurs. J’étais déjà diplômé de l’Institut Gnessine, qui est une faculté de chant dans laquelle j’ai suivi la classe des chefs des chœurs. C’est ainsi que débuta ma carrière.
A partir de là, nous avons crée un nouveau répertoire, avec un chœur comprenant toujours plus de chanteurs et danseurs. Nous avons beaucoup tourné en Union Soviétique, puis à l’étranger, en Hongrie, en Chine, au Japon, en Allemagne, en Australie, en Bulgarie, en Corée, en Grèce, etc, et dans plus d’une quarantaine de pays depuis ces trente dernières années.

Quel est votre rôle au sein du chœur et du ballet ?

Je suis le directeur en chef, le chef d’orchestre principal et le directeur artistique des Chœurs.
Je dirige également le Conseil Artistique qui se réunit pour la création de chaque spectacle. Les réunions de ce Conseil permettent d’établir une ligne artistique de chaque spectacle puisque nous discutons du répertoire des chœurs et des chorégraphies.

Quel(s) artiste(s) ou personnage(s) ont influencé votre carrière ?

En tant que chef des chœurs, j’ai tout d’abord été admiratif de mon professeur Alexandre Alexanrovitch Yourlov, le directeur de l’Institut Gnessine et le chef de notre choeur d’étudiants. Son travail, son relationnel avec les étudiants, ses connaissances, son charisme et sa puissance m’ont séduit et donné envie de devenir moi-même chef d’orchestre.

Ensuite, un autre personnage a influencé mon parcours. Il s’agit du chef du chœur dans lequel j’ai travaillé pendant deux ans, Monsieur Vladimir Nikolaevitch Minine. C’est un homme étonnant et un grand musicien, qui a beaucoup apporté à la musique de chorale, notamment en créant un chœur de chambre, qui interprétait les partitions du chœur comme les solos.

Et bien évidement, j’ai été inspiré par notre célèbre et légendaire artiste Joseph Kobzon
(Cf : Charles Aznavour pour les russes). Cet homme a beaucoup apporté à notre collectif notamment sur le plan artistique.

Ces trois personnalités ont fortement influencées mon art, mon caractère, et m’ont permis de perfectionner la troupe.

Quel est votre dernier coup de cœur musical ?

Ce n’est pas facile de répondre à cette question puisque je suis en permanence plongé dans la musique classique, folklorique et populaire.
Si on prend le genre de la chanson, je pense que «Commandant» d’Anatoly Dorovskikh, ou la «Ballade de la mère» de Martynov, m’ont vraiment touchés dernièrement.
Concernant la musique classique, j’aime des œuvres incontournables comme Carmina Burana, c’est d’ailleurs un réel plaisir de l’interpréter avec le chœur.
Je suis également sous le charme de la musique classique de Moussorgski, Borodine, Tchaikovsky, et tants d’autres compositeurs qui ont écrit une musique appréciée aujourd’hui dans le monde entier.

Avec quel chanteur ou une chanteuse aimeriez-vous interpréter une chanson ?

J’aimerais beaucoup partager une chanson avec Charles Aznavour. C’est un de mes chanteurs français préférés.

Quelles sont vos sources d’inspirations pour la création d’un nouveau spectacle ?

La source d’inspiration peut être un livre, un film, un concert, etc.
J’expliquais précédemment que nous avons un Conseil Artistique, au sein duquel nous échangeons des idées. C’est de cette manière que nous élaborons nos nouveaux titres, en prenant en compte l’actualité ou par exemple les réactions des spectateurs.

Comment se déroulent la création et les répétitions d’un spectacle ?

Généralement nous répétons chaque semaine de 10 heures à 14 heures, et les jours des spectacles nous répétons également, en nous concentrant sur la représentation. Nous consacrons beaucoup de temps à la préparation de nos spectacles, plus de 1000 heures pour chacun d’eux !

Les Choeurs de l’Armée Rouge MVD vous ont permis de vous produire dans le monde entier, quel est votre meilleur souvenir de tournée, dans quel pays ?

J’ai beaucoup apprécié la grande tournée en Italie de 1988, la tournée en Allemagne de 1995, et celle en Australie de 2004.
En 2010, nous avons aussi fait 80 spectacles en France. Nous avons pu admirer ce pays et nous sommes tombés sous le charme des spectateurs français. Ils sont si bienveillants, ils apprécient et comprennent la musique russe.
Cette année, nous souhaitons donc offrir au public français un nouveau beau spectacle, encore plus saisissant !

Vous est-il déjà arrivé d’interrompre une tournée de l’Ensemble avant la fin ?

Oui, malheureusement cela nous est arrivé lors d’une tournée en Hongrie, Leonid Brejnev est décédé le 10 novembre 1982, et nous sommes retournés à Moscou avant la fin de la tournée.

Comment expliquez-vous la popularité remportée par le spectacle des Choeurs de l’Armée Rouge MVD lors de chaque tournée ?

Je pense que l’Ensemble des Chœurs de l’Armée Rouge est un collectif qui a de nombreuses facettes et de multiples genres dans lesquels chacun peut se retrouver.
Notre troupe se compose d’un chœur de vocalistes exceptionnels, avec des solistes aux timbres de voix uniques, d’un ballet et d’un orchestre comprenant les meilleurs danseurs et musiciens du moment. Un groupe des 5 balalaikas# nous accompagne sur scène, ce qui apporte une couleur folklorique à la troupe.
Je pense que le caractère atypique de nos spectacles attire toujours le public, et explique le succès de notre ensemble militaire aux quatre coins de la planète.

Aucun spectateur ne peut rester insensible à la puissance de nos spectacles, avec un chœur d’hommes qui touche l’âme de chaque spectateur, la chorégraphie du ballet d’une haute technicité et la musique de cet incomparable orchestre.

Je crois que personne ne peut rester insensible à la puissance de ces spectacles.

Vous est-il arrivé de redouter de vous produire dans des pays autrefois hostiles à l’union soviétique ?

Vous savez, quand l’Union Soviétique existait, la moitié du monde était notre ennemi. Mais l’Ensemble des Chœurs de l’Armée Rouge MVD s’est toujours produit avec grand succès à l’étranger.
Je pense qu’il était judicieux de présenter les Chœurs de l’Armée Rouge dans un pays « ennemi », afin de présenter aux spectateurs de ce pays nos intentions d’amitié, de paix, d’amour et de respect mutuel.

Avez-vous craint que le Chœur ne s’arrête avec la fin de l’Union Soviétique ?

Oui, j’avais cette inquiétude. Avant il y avait plus de 50 ensembles militaires russes et maintenant il en reste cinq, dont seulement deux académiques. Je constate que malheureusement nous sommes en train de perdre nos traditions. Heureusement, notre chœur est préservé et continue à se développer, tout comme l’autre ensemble académique d’Alexandrov.
Nous sommes l’Ensemble d’Etat et à ce titre nous recevons des subventions de la Présidence de la fédération de Russie qui nous aident beaucoup. Elles contribuent à recruter les artistes, ce qui est très important pour notre troupe, puisqu’ainsi nous avons les moyens d’incorporer toujours plus de jeunes musiciens, chanteurs et danseurs de talent.

Est-ce que le chœur se produit toujours pour célébrer des événements militaires en Russie ?

Bien sûr, il y a beaucoup de fêtes en Russie et nous participons toujours aux concerts gouvernementaux, comme celui du 1er mai, ou de la Fête de la Victoire du 8 mai, etc.
Nous nous produisons également lors des spectacles qui se déroulent au Palais des Congrès du Kremlin, sur la Place Rouge, au théâtre du Bolchoi, et dans toutes les grandes et célèbres salles de Moscou.
Nous nous produisons également dans d’autres villes russes pour les cérémonies et les hommages, comme à Volgograd, Novorossiisk, St.Petersbourg, etc. Par exemple nous allons jouer prochainement à Tver pour fêter les 70 ans de la libération de la ville des fascistes. Comme nous sommes l’Ensemble officiel, nous nous devons de répondre en priorité aux demandes de notre gouvernement, avant même de nous produire pour des spectacles de par le Monde.

Que peut-on vous souhaiter pour les prochaines années ?

Et bien une bonne santé, du succès, des nouvelles idées artistiques, et bien sûr de la stabilité. J’espère pouvoir faire encore plus de belles tournées et rassembler un public encore plus large qui appréciera notre art et nos spectacles.